Comme la Belgique n’existe que depuis 1830, les historiens n’ont pas d’une histoire voulu peiner les Belges en les privant d’une histoire ancienne, consistante, et sans solution de continuité. Pensez à ces pays qui n’ont guère de passé, comme les États-Unis d’Amérique, par exemple : ils ne se dépètrent pas d’une incurable enfance. Aussi en arrachant des lambeaux à droite et à gauche, les historiens ont-ils fabriqué une histoire de Belgique qui n’est pas plus incohérente qu’une autre.
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Comme la Belgique n’existe que depuis 1830, les historiens n’ont pas d’une histoire voulu peiner les Belges en les privant d’une histoire ancienne, consistante, et sans solution de continuité. Pensez à ces pays qui n’ont guère de passé, comme les États-Unis d’Amérique, par exemple : ils ne se dépètrent pas d’une incurable enfance. Aussi en arrachant des lambeaux à droite et à gauche, les historiens ont-ils fabriqué une histoire de Belgique qui n’est pas plus incohérente qu’une autre.
Méthodiquement administrée aux potaches, elle a fini par avoir force de loi, non que lesdits potaches, devenus adultes, aient gardé des traces bien nettes de ce tissu d’extravagances, mais ils font semblant, pour sauver la face, car ils sont convaincus qu’un pays a besoin d’une histoire : même si l’évocation d’un nom ou d’une date ne leur suggère plus que des souvenirs flous, ils ne manqueront pas de hocher la tête d’un air entendu.
L’Empereur lui-même fréquentait à l’occasion. Comme il ne savait ni lire ni écrire, il s’avisa, mais un peu tard, de combler cette lacune. Toutefois, au dire d’Éginhard, il ne fit jamais de grands progrès, d’où il est permis du conclure à un échec sans doute total, le biographe d’un si grand personnage étant tenu à quelques ménagements, car lire et écrire ont toujours passé pour des signes de civilisation. Et pourtant ! Qui sait si d’ici un siècle, nous ne disposerons pas d’appareils pour exprimer notre pensée pour l’occuper et la distraire ?
Du plaisir de l’histoire au bonheur de la lire…
Roger Avermaete (1893-1988), homme de lettres, romancier, dramaturge, essayiste, critique d’art, dessinateur, animateur et pédagogue, fonde en 1919 le groupe Lumière avec des intellectuels d’avant-garde. Il est fondateur et directeur de l’École des Métiers d’art à Anvers (1926). Membre de l’Institut de France et de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.
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Ripple-marks (1976) est peut-être le plus grave des livres de Muno.
Les diplomates sont rarement maîtres tailleurs. Ils préfèrent rapiécer. En l’occurrence, ils commencèrent par mettre des pièces avant que d’y aller avec les grands ciseaux. En 1814, ils ont accommodé à leur goût les provinces du Hainaut et de Namur – on se demande bien pourquoi – mais l’année suivante ils se ravisent et remettent le tout dans son état primitif.
L’appétit de la Prusse incite ses alliés à la contrecarrer de leur mieux ; aussi, pour l’éviter sur la Meuse, quelques lambeaux de la Saxe et de la Pologne lui sont-ils tendus.
Et c’est ainsi que les diplomates, faisant alterner les sourires et les froncements de sourcils, arrivent à confectionner le nouveau royaume. À un détail près. Comme ils n’en viennent pas à bout, ils font de Moresnet, le patelin contesté, une zone neutre, abandonnant aux chancelleries le soin de trouver une solution.