Voici donc une œuvre insolite et forte, totalement libre, où la mesure est tremplin de son contraire. Poétiquement, après la prise de distance, des itinéraires nouveaux deviennent possibles, le banal et le concret ouvrant au fantastique, au surréel, au tragique ou à l’humour léger.
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Sauf en navigation, le compas coloré n’a fait son apparition que très tardivement, à des fins scolaires : rendre la géométrie moins austère. Dans l’imaginaire dominant, cet instrument très ancien, symbole de précision, reste un objet métallique, plutôt gris ou noir, quand il ne brille pas. C’est au sein des formes qu’il permet de tracer, surtout le cercle, que les couleurs les plus variées peuvent éventuellement être convoquées. Mais celles-ci subvertissent les limites de la rationalité formelle, notamment dans l’art pictural et dans la nature elle-même, par leur variété, leurs mélanges, leurs charmes. Ce magnifique libertinage apporte du clair obscur, du bonheur, de l’inspiration créatrice. De ce paysage sans fin, la poésie, capturant à la fois l’esprit de géométrie et celui de finesse, peut s’emparer pour proposer des mondes aussi surprenants qu’interdits. Les mots du poème ne sont pas étrangers aux teintes, comme Rimbaud l’avait compris, associant une couleur à chaque voyelle. Voici donc une œuvre insolite et forte, totalement libre, où la mesure est tremplin de son contraire. Poétiquement, après la prise de distance, des itinéraires nouveaux deviennent possibles, le banal et le concret ouvrant au fantastique, au surréel, au tragique ou à l’humour léger.
Renaud Denuit écrit des poèmes depuis l’enfance. Il est l’auteur de vingt-cinq ouvrages relevant de la philosophie, de la politique, de la fiction et, bien sûr et surtout, de la poésie. Son expérience professionnelle variée l’a mené du journalisme à la RTBF à l’enseignement supérieur en passant par la fonction publique européenne. Elle a aiguisé son regard sur notre société, le monde actuel, la vie et le temps, sources exigeantes de son inspiration poétique. Il est membre du Fonds des Lettres de l’Académie royale de langue et de littérature françaises ainsi que de la Société civile des auteurs multimédias et administrateur de l’Association des Écrivains belges de langue française. Il est aussi membre des comités de rédaction de la Revue générale et de la revue À Propos.
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Ripple-marks (1976) est peut-être le plus grave des livres de Muno.
Les diplomates sont rarement maîtres tailleurs. Ils préfèrent rapiécer. En l’occurrence, ils commencèrent par mettre des pièces avant que d’y aller avec les grands ciseaux. En 1814, ils ont accommodé à leur goût les provinces du Hainaut et de Namur – on se demande bien pourquoi – mais l’année suivante ils se ravisent et remettent le tout dans son état primitif.
L’appétit de la Prusse incite ses alliés à la contrecarrer de leur mieux ; aussi, pour l’éviter sur la Meuse, quelques lambeaux de la Saxe et de la Pologne lui sont-ils tendus.
Et c’est ainsi que les diplomates, faisant alterner les sourires et les froncements de sourcils, arrivent à confectionner le nouveau royaume. À un détail près. Comme ils n’en viennent pas à bout, ils font de Moresnet, le patelin contesté, une zone neutre, abandonnant aux chancelleries le soin de trouver une solution.